Quitter la micro-entreprise : EI ou EURL, IR ou IS ?
Quand ton activité grandit, tu peux passer à l'entreprise individuelle au réel ou créer une société comme l'EURL. Le choix qui pèse le plus est l'impôt : à l'IR, le bénéfice est imposé chez toi, même non prélevé ; à l'IS, l'entreprise est imposée et tu choisis ta rémunération. Notre recommandation : ne laisse pas l'IR devenir un choix par défaut, fais au moins chiffrer l'IS.
Mis à jour le 2 novembre 2026. Information générale, pas un conseil fiscal personnalisé.
Quand faut-il quitter la micro-entreprise ?
Le plafond de chiffre d'affaires est la seule raison obligatoire. Selon l'URSSAF et impots.gouv.fr, il est de 203 100 € pour la vente de marchandises et de 83 600 € pour les prestations de services sur 2026 à 2028 : vérifie le montant en vigueur avant toute décision. Mais beaucoup d'autres raisons justifient de partir avant.
Tu dépasses le plafond deux années de suite
Un dépassement isolé ne te fait pas perdre le régime micro l'année suivante ; deux années consécutives, le passage au régime réel devient obligatoire.
Tu as de vraies charges à déduire
En micro, le bénéfice est calculé avec un abattement forfaitaire, pas avec tes charges réelles. Matériel, véhicule, sous-traitance, local : au-delà d'un certain niveau, le réel devient plus juste.
Tu veux piloter tes chiffres
Le régime micro demande une comptabilité très allégée (un livre des recettes). Si tu veux connaître ton vrai résultat, tes marges et ta trésorerie, il faut une comptabilité complète.
Tu prépares un projet
Prêt bancaire, embauche, associé, local, revente : une banque ou un partenaire lit des comptes, pas un chiffre d'affaires déclaré.
Qu'est-ce que l'IR et l'IS, en clair ?
L'impôt sur le revenu (IR) taxe une personne. Quand ton entreprise est à l'IR, son bénéfice est ajouté à tes autres revenus et imposé au barème progressif, que tu l'aies sorti de l'entreprise ou non. L'entreprise et toi, c'est le même portefeuille.
L'impôt sur les sociétés (IS) taxe l'entreprise. Elle paie l'impôt sur son bénéfice, après avoir déduit ta rémunération. Toi, tu es imposé sur ce que tu te verses (en traitements et salaires) et, si tu en prends, sur les dividendes. L'entreprise et toi, ce sont deux portefeuilles distincts, et c'est toi qui décides de ce qui passe de l'un à l'autre.
Un exemple illustratif, sans calcul : ton entreprise dégage 30 000 € de bénéfice et tu n'en prélèves que 20 000 € pour vivre, le reste servant à acheter du matériel. À l'IR, l'impôt porte sur les 30 000 €. À l'IS, l'entreprise est imposée sur son bénéfice, et toi sur les 20 000 € que tu te verses, avec les cotisations calculées sur ce que tu perçois. Les montants dépendent de ta situation : c'est ce qu'une simulation doit chiffrer.
Micro, EI à l'IR, EI à l'IS, EURL : quelle différence ?
| Micro-entrepreneur | EI au réel, IR | EI au réel, option IS | EURL | |
|---|---|---|---|---|
| Statut juridique | Entreprise individuelle (EI) | Entreprise individuelle (EI) | EI, assimilée fiscalement à une EURL | Société : une personne morale distincte |
| Calcul du résultat | Chiffre d'affaires moins un abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l'activité) | Bénéfice réel : recettes moins charges réelles | Bénéfice réel de l'entreprise, avec ta rémunération déduite | Bénéfice réel de la société, avec ta rémunération déduite |
| Impôt | Impôt sur le revenu, sur le bénéfice forfaitaire | Impôt sur le revenu, sur tout le bénéfice, même non prélevé | Impôt sur les sociétés sur le bénéfice ; impôt sur le revenu sur ta rémunération | Selon l'option retenue : impôt sur les sociétés (avec impôt sur le revenu sur ta rémunération) ou impôt sur le revenu |
| Cotisations sociales | Un pourcentage du chiffre d'affaires | Calculées sur le bénéfice | Calculées sur la rémunération réellement perçue (et sur une part des dividendes selon le cas) | Calculées sur la rémunération (et sur la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital pour un associé unique gérant) |
| Comptabilité | Simplifiée (livre des recettes) | Complète : bilan et compte de résultat | Complète : bilan et compte de résultat | Complète, avec comptes annuels de la société |
Résumé simplifié, hors cas particuliers (activités agricoles, location meublée, professions réglementées…). Les taux et plafonds changent : vérifie les valeurs en vigueur.
Pourquoi l'EI à l'IR par défaut est souvent un mauvais choix pour piloter.
Ce que nous voyons souvent : un micro-entrepreneur qui sort du régime se voit proposer, notamment par des cabinets comptables de proximité, l'entreprise individuelle à l'IR, parce que c'est plus simple et moins cher à gérer. Ce n'est pas une faute, mais ce n'est pas toujours le choix qui sert le mieux ton activité. Si tu ne te sens pas encore prêt à créer une société, demande au moins l'option pour l'IS, surtout si tu es en phase de croissance (voir plus bas).
À l'IR, tu paies l'impôt sur de l'argent que tu n'as pas pris
En entreprise individuelle à l'IR, le bénéfice est imposé en entier, que tu l'aies prélevé ou laissé dans l'entreprise pour investir ou te constituer une réserve. Les prélèvements que tu fais ne sont pas déductibles. Bpifrance note que la progressivité de l'impôt freine l'autofinancement.
À l'IS, tu sépares ce que gagne l'entreprise de ce que tu te paies
Ta rémunération devient une ligne de charge visible. Le bénéfice qui reste est imposé à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 € pour une PME qui remplit les conditions, 25 % au-delà). Tu décides combien sortir et combien garder. C'est ce qui permet de piloter, et pas seulement de déclarer.
Tes cotisations suivent ce que tu te paies, pas tout ce que tu gagnes
À l'IS, les cotisations sociales sont appelées sur les sommes que tu perçois réellement. Selon ton niveau de bénéfice et de prélèvements, l'écart avec l'IR peut être important, dans un sens comme dans l'autre : c'est à chiffrer sur ta situation.
Quand l'IR reste un choix raisonnable
- Ton bénéfice est faible et tu prélèves presque tout pour vivre : l'écart avec l'IS reste mince.
- Tu veux la solution la plus légère à gérer et tu acceptes de moins piloter.
- Tu peux avoir besoin d'imputer un déficit sur les autres revenus du foyer, ce que l'option pour l'IS fait perdre.
Le passage à l'IS a aussi des contreparties : une comptabilité complète, des cotisations sur certains dividendes, la perte de certains avantages fiscaux et l'impossibilité d'imputer un déficit sur les autres revenus du foyer. Il équivaut fiscalement, pour une EI, à une cessation d'activité, avec des règles d'imposition ou de report des plus-values latentes. C'est pourquoi la décision se prend avec une simulation chiffrée et un professionnel.
Pourquoi se payer le moins possible les premières années ?
Au début, la trésorerie est mince et il faut bien vivre : c'est vrai. Mais notre conviction est que la logique doit rester la même pendant les premières années : te payer le moins possible pour garder le cash dans l'entreprise et le réinvestir en permanence. Croissance avant niveau de vie. Tu vivras mieux quand ton entreprise fera cinq fois ce qu'elle fait aujourd'hui.
Si tu retires tout dès que l'activité dégage un peu de bénéfice, tu récoltes les premiers fruits d'une graine à peine sortie de terre, alors qu'avec de la patience et en réinjectant le bénéfice, elle aurait pu en produire bien davantage. Or l'IR n'est pas fait pour cette logique : il taxe tout le bénéfice, que tu l'aies prélevé ou laissé dans l'entreprise. L'IS te laisse décider.
Un exemple simple
Une artisane dégage 40 000 € de bénéfice avant rémunération. Elle a besoin de 18 000 € par an pour vivre (1 500 € par mois) et veut laisser les 22 000 € restants dans son entreprise pour acheter du matériel et faire de la publicité.
| EI à l'IR | Avec l'IS | |
|---|---|---|
| L'impôt est calculé sur | Les 40 000 € de bénéfice, retirés ou non | Les 22 000 € laissés dans la société (IS), et séparément ta rémunération de 18 000 € |
| Impôt sur les 22 000 € laissés dans l'entreprise | Environ 4 400 € (20 %) | 3 300 € (15 %) |
| Il reste pour la croissance, après cet impôt | Environ 17 600 € | 18 700 € |
| Les cotisations sociales sont calculées sur | Tout le bénéfice : 40 000 € | Ce que tu te verses : 18 000 € |
Calcul simplifié : personne seule, sans autre revenu, une part fiscale, barème 2026 de l'IR (0 % jusqu'à 11 600 €, 11 % jusqu'à 29 579 €, puis 30 %), IS à 15 % sous 42 500 € de bénéfice pour une PME qui remplit les conditions, hors cotisations sociales dans les impôts ci-dessus et hors déductions particulières. L'écart sur l'impôt est ici d'environ 1 100 € par an.
Les cotisations sociales pèsent davantage encore. Selon Bpifrance Création et un exemple de l'URSSAF, les cotisations d'un indépendant représentent de l'ordre de 45 à 50 % de sa rémunération nette. À l'IR, elles sont calculées sur tout le bénéfice ; avec l'IS, sur ce que tu te verses. Dans cet exemple, l'écart se chiffre à environ 4 000 € de cotisations en plus à l'IR, pour la même année. C'est un ordre de grandeur, pas une simulation : le taux baisse au-delà d'un certain niveau de revenu et les règles évoluent chaque année.
Les garde-fous pour ne pas se mettre en danger
- Fixe-toi une rémunération stable qui couvre vraiment ta vie (loyer, nourriture, assurances) : « le moins possible » ne veut pas dire « rien ».
- Garde une réserve de trésorerie dans l'entreprise, par exemple l'équivalent de quelques mois de charges, avant de réinvestir le reste.
- Réinvestis pour de vrai : du matériel, de la visibilité, du temps délégué qui rapportent, pas de l'argent qui dort.
- Pense à ta protection sociale et à ta retraite : des cotisations très basses donnent des droits plus faibles, et les cotisations minimales restent dues même sans rémunération.
- Retenir le bénéfice ne supprime pas l'impôt : quand tu retireras l'argent (dividendes, notamment), il sera taxé à son tour.
Quelles questions poser avant de choisir IR ou IS ?
- 1
Peux-tu me faire une simulation chiffrée de mon impôt et de mes cotisations en EI à l'IR, en EI à l'IS et en EURL, sur au moins deux scénarios de bénéfice ?
- 2
Combien devrai-je me verser par mois pour vivre, et que reste-t-il dans l'entreprise ?
- 3
Quel est le coût annuel de ta mission pour chaque option ?
- 4
Quelles conséquences sur ma protection sociale et ma retraite ?
- 5
Quelle est la date limite pour opter pour l'IS cette année, et que se passe-t-il si je la manque ?
- 6
Comment vais-je suivre mes chiffres chaque mois, et pas seulement à la clôture ?
Pour l'option pour l'IS d'une entreprise individuelle, la demande se fait dans les trois premiers mois de l'exercice (donc avant le 31 mars pour une année civile) : passé ce délai, elle ne s'applique qu'à l'exercice suivant.
Que faisons-nous, et que ne faisons-nous pas ?
Nous ne sommes pas un cabinet d'expertise comptable : nous n'établissons ni ta comptabilité ni tes déclarations, et nous ne te recommandons pas une option sans simulation. Nous t'aidons à préparer la discussion avec ton comptable, à comprendre ce qu'il te propose et à suivre chaque mois tes chiffres pour piloter ton activité, avec l'accompagnement hebdomadaire .
Tout ce que l'on demande sur le passage du micro à l'EI ou à l'EURL.
Quelle différence entre IR et IS ?
À l'impôt sur le revenu (IR), le bénéfice de l'entreprise s'ajoute à tes autres revenus et suit le barème progressif, que tu l'aies prélevé ou non. À l'impôt sur les sociétés (IS), c'est l'entreprise qui est imposée sur son bénéfice, avec un taux de 15 % jusqu'à 42 500 € pour les PME qui remplissent les conditions, puis 25 %. Toi, tu es imposé sur la rémunération que tu perçois et, le cas échéant, sur les dividendes.
Une entreprise individuelle peut-elle être à l'IS ?
Oui. Une entreprise individuelle relève par défaut de l'IR, mais elle peut opter pour son assimilation à une EURL, ce qui emporte option pour l'IS, sans changer son statut juridique. Il faut être soumis à un régime réel d'imposition : un micro-entrepreneur doit donc d'abord sortir du régime micro. L'option se fait dans les trois premiers mois de l'exercice, sinon elle ne vaut qu'à partir de l'exercice suivant.
Peut-on passer directement du micro à l'IS ?
Pas en un seul geste : l'option pour l'IS n'est ouverte qu'aux exploitants soumis à un régime réel. Il faut d'abord quitter le régime micro (en optant pour le réel ou parce que tu dépasses les plafonds), puis opter pour l'IS dans les délais, ou créer une société comme une EURL. Fais-toi confirmer le calendrier par ton comptable avant le 31 mars de l'année concernée.
L'option pour l'IS est-elle définitive ?
L'option pour l'assimilation à une EURL est irrévocable, mais il est possible de renoncer à l'assujettissement à l'IS jusqu'au cinquième exercice suivant celui de l'option, selon Bpifrance Création. Les sources officielles n'ont pas toutes la même présentation sur ce point : fais valider les règles en vigueur par ton comptable avant d'opter.
Quel est le plafond de la micro-entreprise en 2026 ?
Selon l'URSSAF et impots.gouv.fr, les plafonds pour 2026 à 2028 sont de 203 100 € de chiffre d'affaires pour la vente de marchandises et de 83 600 € pour les prestations de services. Certaines tables officielles ne sont pas encore alignées sur ces montants : vérifie le montant en vigueur sur impots.gouv.fr avant toute décision. Le plafond est proratisé si tu as commencé en cours d'année.
Une EURL protège-t-elle mieux mon patrimoine qu'une EI ?
Depuis le statut unique de l'entrepreneur individuel, ton patrimoine professionnel est séparé de ton patrimoine personnel. L'EURL crée une société distincte, avec une responsabilité limitée aux apports. Dans les deux cas, une garantie personnelle donnée à une banque peut engager ton patrimoine : lis les clauses avant de signer.
Faut-il se payer le moins possible au début ?
C'est notre conviction pour les premières années : te verser juste ce qu'il faut pour vivre, laisser le reste dans l'entreprise et le réinvestir pour la faire grandir. L'IS le permet mieux que l'IR, qui taxe tout le bénéfice même non prélevé. Garde des limites : une rémunération qui couvre vraiment ta vie, une réserve de trésorerie et un œil sur ta protection sociale, car des cotisations très basses donnent des droits plus faibles.
Faut-il un expert-comptable ?
En pratique, oui, dès que tu quittes le micro : la comptabilité devient complète. Mais le choix IR ou IS ne doit pas être un réflexe : demande une simulation chiffrée pour chaque option. Nous ne sommes pas un cabinet d'expertise comptable et nous ne remplaçons pas le tien : nous t'aidons à poser les bonnes questions et à suivre tes chiffres.
Que faites-vous concrètement sur ce sujet ?
Nous te faisons préparer la discussion avec ton comptable (les bonnes questions, les chiffres à réunir), puis nous suivons avec toi, chaque mois, les trois chiffres qui comptent : chiffre d'affaires, marge et trésorerie. Aucun conseil fiscal personnalisé ne figure sur cette page : elle est informative.
Sources
- Bpifrance Création — L'entreprise individuelle à l'impôt sur les sociétés (mars 2026)
- Bpifrance Création — Régime fiscal des entreprises soumises à l'impôt sur le revenu
- impots.gouv.fr — Micro-entrepreneur : plafonds de chiffre d'affaires et conséquences d'un dépassement
- URSSAF — 2026 : modification des seuils de chiffre d'affaires ou de recettes
- impots.gouv.fr — Qu'est-ce que le statut unique de l'entrepreneur individuel ?
- economie.gouv.fr — L'impôt sur les sociétés, comment ça marche ?
- economie.gouv.fr — Comment calculer votre impôt d'après le barème de l'impôt sur le revenu
- Bpifrance Création — Comparaison EURL / SASU (cotisations du gérant associé unique)
- URSSAF — Créateur : à chaque statut, sa protection sociale (exemple chiffré)
- Bpifrance Création — Situation sociale et fiscale du gérant d'EURL
Cette page est informative et ne remplace pas l'avis d'un expert-comptable. Les règles fiscales, les taux et les plafonds évoluent chaque année : vérifie les valeurs en vigueur.
On prépare ensemble la discussion avec ton comptable.
Un échange gratuit pour voir où tu en es, ce que tu dois faire chiffrer et comment suivre tes chiffres ensuite. Sans engagement.